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Toutefois, selon le témoignage du Fragment de Muratori (71-
72), dans l’église de Rome au tournant du III
e
siècle certains s’insur-
geaient déjà contre sa lecture. Quoique connu ensuite dans quelques
endroits (Syrie, Edesse, Afrique du Nord), mais à des époques diffé-
rentes (du III
e
au V
e
siècle), cet écrit n’a jamais été réellement popu-
laire au sein du christianisme ancien
43
. La raison pour laquelle cette
Apocalypse a été reçue dans un premier temps réside dans son message
et contenu: la mise en avant du sort final des justes et des impies. Il ex-
prime avec force l’idée que le Seigneur rétribuera chacun en fonction
de ses oeuvres et de sa vie (morale), au moment de sa résurrection en
chair à la fin du monde; qu’on croyait toujours proche au moment de
la rédaction. L’auteur du texte peint un tableau suggestif des peines
infligées aux damnés: blasphémateurs, fornicateurs, assassins, avor-
teuses, faux témoins, usuriers, idolâtres, ou encore ceux qui ont mé-
prisés les veuves et les orphelins. Ce qui montre bien que le christia-
nisme n’était pas seulement une doctrine, mais aussi une manière de
vivre exigeante (une sorte de praxis). Plus tard, dès le V
e
siècle, l’Apo-
calypse de Pierre fut supplantée par l’Apocalypse de Paul qui répon-
dait à la question du sort des âmes immédiatement après la mort
44
.
Cela montre aussi que l’héritage judéo-chrétien n’a été gardé
que dans la mesure où il conservait une certaine actualité. C’est no-
tamment le cas avec les évangiles de Matthieu et de Jean, qui contri-
buèrent continuellement à structurer et articuler la différentiation i-
dentitaire d’avec le judaïsme. Avec la relégation de la Parousie à la fin
des temps indéfinissable en revanche l’Apocalypse de Pierre perdait
sa pertinence. Le christianisme a donc produit un autre texte, l’Apo-
calypse de Paul, plus adéquate aux préoccupations des gens d’un
monde devenu chrétien: la problématique de la rétribution (divine)
immédiate, comme compensation des injustices (entre autres sociales)
vécues et subies.
poli, 1994 (Studi Africanistici. Serie Etiopica 1), 171; E. Norelli, Pertinence théolo-
gique et canonicité: les premières apocalypses chrétiennes, Apocrypha, 8, 1997, 157.
43
Voir A. Jakab, The Reception of the Apocalypse of Peter in Ancient
Christianity, in J. N. Bremmer, I. Czachesz (eds.), The Apocalypse of Peter, Peeters,
Leuven, 2003 (Studies on Early Christian Apocrypha 7), 174-186.
44
Voir A. Jakab, La réception de l’Apocalypse de Paul dans le christia-
nisme de l’Antiquité tardive, Warszawskie Studia Teologiczne 20, 2007/2 (Miscel-
lanea Patristica reverendissimo domino Marco Starowieyski septuagenario pro-
fessori illustrissimo viro amplissimo ac doctissimo oblata), 145-157.
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